L’ANCIEN VILLAGE DE PHUOC TICH

Sans avoir l’envergure ni les tumultes historiques de la Cité interdite, l’ancien village de Phuoc Tich s’étale dans une douceur poétique au bord de la rivière Ô Lâu, commune de Phong Hoà, district de Phong Diên, à environ 40 km de la ville de Huê, province de Thua Thiên-Huê (Centre).

Passé la porte du village, on est comme plongé dans le passé. Le bruit des jonques à moteur circulant sur la rivière Ô Lâu ne parvient pas à rompre la quiétude de cet espace. Et les échos des sifflets de train n’arrivent qu’à troubler légèrement la rêverie des chiens dans le village.

Bien que les petits chemins du village aient été asphaltés, ils conservent toujours leur romantisme grâce aux haies d’arbustes et de bambous. Juste après la porte du village se trouvent les maisons de culte des lignées comme Phan Công, Trân Ngoc, Ly Thanh… Selon les villageois, Phuoc Tich a été fondé au milieu du 15e siècle (en 1470 à l’époque Hông Duc) par les ancêtres de 12 familles.

Chose insolite : les événements historiques importants, les catastrophes naturelles du Centre ne semblent pas avoir eu d’influence sur la survie du village. Illustration avec les temples, restés intacts. Beaucoup de familles ont préservé leur arbre généalogique sur plus de cinq siècles. Une particularité est qu’ici chaque temple est dédié à deux noms de famille. Sur leur façade est gravé le signe Tho (longévité). Des flamants, des oiseaux, des chauves-souris… en céramique, symboles courants des croyances orientales, ornent les murs.

Outre les maisons de culte, Phuoc Tich abrite beaucoup de vieilles habitations. Selon Nguyên Thê, chercheur spécialisé dans la culture folklorique du Bureau de la culture et de l’information du district de Phong Diên, Phuoc Tich possède encore 27 maisons datant de 70 à 180 ans. Chacune s’étend sur 70 à 130 m² au milieu d’un jardin d’un millier de mètres carrés, dont 12 sont d’un modèle extrêmement rare. Plusieurs d’entre elles ont des portes d’entrée originales.

La maison de la lignée des Lê a 110 ans. Sa couleur est magnifique. Un membre de la famille dévoile que pour protéger ce logement des bombardements qui ont eu lieu au cours des 2 anciennes guerres d’Indochine, la maison a été démontée. Après les guerres, elle a été reconstruite dans son état d’origine. L’ancienne maison de Hô Van Tê a pour sa part été construite en 1880 et a vu passer 4 générations de la lignée des Hô. Cet ouvrage traditionnel est en 3 parties, avec des colonnes en bois. La plupart des anciennes maisons à Phuoc Tich ont été construites en bois de jacquier.

Au dire de villageois, la construction de ces « maisons-jardins » a pris 6 mois, voire un an. D’après les chercheurs, les gravures sur bois de ces maisons sont très fines, à l’identique des ouvrages que l’on peut admirer dans la Cité interdite. Ce qui suggère le goût esthétique très prononcé des propriétaires des ces habitations.

La poterie de Phuoc Tich, fierté du village

En visitant les familles de ce village, on peut voir plusieurs antiquités, qu’il s’agisse de pots à chaux, plateaux en bois, boîtes à chiques de bétel en bois, pots de sauce ou pour le sel en céramique, produites par les villageois de Phuoc Tich il y a de cela 130 à 200 ans.

Les villageois sont très fiers des poteries de Phuoc Tich. Celles-ci sont faites d’un mélange de boue et d’argile et ont une couleur brun foncé. L’histoire de la dynastie des Nguyên a retenu : « Les empereurs Gia Long, Minh Mang et Dông Khanh mangeaient avec afféterie. Le repas royal devait utiliser le riz De cultivé par les villageois d’An Cuu, choisi grain par grain. Le riz était cuit dans une poterie du village de Phuoc Tich ». Actuellement, les anciens fours à poterie ne fonctionnent plus. Avec les subventions du Service de la culture du district, ce métier traditionnel est en cours de restauration.

Un aspect intéressant du village antique de Phuoc Tich est que c’est un véritable musée de « vieux arbres ». Pour les gens du coin, le bonheur suprême de l’homme se manifeste par le mot « Longévité ». En témoigne un vieil arbre pratiquement millénaire, symbole de l’immortalité du village. Les voies principales dans le village ont dû l’éviter. Il faut plus de deux personnes pour en faire le tour avec les bras. À l’ombre de cet arbre se trouve le temple du génie du village. Les autres temples et sanctuaires (Quang Te, Ba Giang, etc.) sont des vestiges de la culture cham comme en témoignent les Linga – Yoni…
Il y a aussi la vieille orchidée royale, centenaire, qui s’épanouit devant la maison, centenaire également, de Mme Trang. Au milieu de la maison de M. Te, se trouve un vieil arbre à litchi qui donne encore des fruits chaque année. À Phuoc Tich, les jardins fruitiers sont plus anciens que ceux de Huê.
Avec ses antiquités et anciennes maisons rares, le village de Phuoc Tich a été reconnu comme faisant partie du patrimoine national sous le nom de « vestige d’architecture antique de Phuoc Tich », en juin 2009.